Infarctus en apesanteur : comment s’organise un rapatriement médical depuis l’orbite ?

Infarctus en apesanteur : comment s’organise un rapatriement médical depuis l’orbite ?

Publié le 30/01/2026 à 13h00

Le corps humain change en apesanteur, mais les urgences médicales, elles, ne disparaissent pas. De la Station spatiale internationale aux missions privées, voici comment s’organise un rapatriement médical depuis l’orbite.

Un risque faible…mais jamais nul

Les astronautes sont parmi les humains les plus surveillés et sélectionnés au monde. Examens cardiovasculaires poussés, entraînement intensif, suivi médical constant : tout est fait pour réduire les risques. Pourtant, le risque zéro n’existe pas.

Avec l’essor des missions privées et l’arrivée de profils moins « parfaits » physiologiquement que les astronautes de carrière, la probabilité d’un événement cardiaque en orbite augmente mécaniquement. Un infarctus reste rare, mais il est médicalement plausible.

Et lorsqu’il survient, l’environnement spatial complique tout.

Le cœur en apesanteur : un organe qui se transforme

En microgravité, le corps humain se redistribue. Les fluides montent vers la tête, le volume sanguin total diminue, le cœur travaille différemment. À long terme, il a tendance à s’atrophier légèrement, car il n’a plus à lutter contre la gravité pour irriguer le cerveau.

Ces adaptations, normales en orbite, rendent toutefois les diagnostics plus délicats :

  • la douleur thoracique peut être atypique ;
  • les marqueurs physiologiques changent ;
  • la perception des symptômes est parfois altérée.

Autrement dit, reconnaître un infarctus en apesanteur n’est pas aussi simple que sur terre.

Y a-t-il un médecin dans la station ?

Sur la Station Spatiale Internationale (ISS), il n’y a pas de cardiologue de garde. Les astronautes reçoivent une formation médicale avancée, mais ils restent des non-spécialistes.

En cas de suspicion d’infarctus :

  • l’équipage réalise les premiers examens disponibles (ECG simplifié, constantes vitales) ;
  • les données sont transmises en temps réel aux équipes médicales au sol ;
  • les médecins terrestres guident chaque geste à distance.

La télémédecine devient alors vitale mais elle a ses limites. 

Traiter… ou redescendre ?

Sur Terre, un infarctus grave appelle souvent une angioplastie ou une chirurgie rapide. En orbite, ces options n’existent tout simplement pas.

À bord, les possibilités se limitent à des médicaments d’urgence (anticoagulants, antalgiques, oxygène), la stabilisation du patient et surtout une décision cruciale : faut-il rapatrier ?

Dans la majorité des scénarios sérieux, la réponse est oui.

Le rapatriement : une course contre le temps

Sur l’ISS, la procédure de rapatriement repose sur les capsules russes Soyouz (et désormais sur les Crew Dragon de SpaceX). En cas d’urgence médicale, une capsule est préparée en priorité, le patient est sanglé dans un siège moulé et la désorbitation peut avoir lieu en quelques heures.

La descente vers la Terre dure environ 3 à 4 heures entre la décision finale et l’atterrissage. C’est long pour un infarctus, mais souvent plus rapide que d’attendre une fenêtre orbitale standard.

La rentrée atmosphérique n’est pas un simple retour en douceur car le corps subit des forces gravitationnelles élevées (jusqu’à 4 g), sans compter un stress intense et une redistribution brutale des fluides.

Pour un cœur déjà en souffrance, cette phase est critique. C’est pourquoi les équipes médicales au sol évaluent soigneusement si le patient peut supporter la descente ou si un maintien temporaire en orbite est paradoxalement moins risqué.

Et après l’atterrissage ?

À peine la capsule au sol, une équipe médicale spécialisée intervient. Le patient est évacué vers un hôpital en quelques minutes. Le traitement « classique » de l’infarctus peut alors enfin commencer.

Le défi ne s’arrête pas là : après plusieurs jours ou semaines en apesanteur, le corps est déconditionné. La rééducation cardiaque et musculaire est plus longue, plus complexe, et parfois plus risquée que chez un patient terrestre.

Et pour le tourisme spatial ?

Les vols touristiques suborbitaux durent quelques minutes. Les missions orbitales privées, en revanche, peuvent s’étendre sur plusieurs jours. Or, les infrastructures médicales pour ces vols sont bien plus limitées que sur l’ISS.

Dans certains cas, le rapatriement dépend de plusieurs choses :

  • de la disponibilité immédiate d’une capsule ;
  • de la position orbitale ;
  • et de la capacité du véhicule à redescendre en urgence.

Pour un touriste spatial victime d’un infarctus, le plan B n’est pas toujours garanti.

Une médecine spatiale encore en construction

À mesure que l’humanité s’installe plus longtemps en orbite et envisage la Lune ou Mars, la gestion des urgences cardiovasculaires devient un enjeu majeur. Des recherches sont en cours sur des équipements médicaux miniaturisés, des procédures de chirurgie assistée à distance et même l’impression 3D de matériel médical en vol.

Mais pour l’instant, l’espace reste un endroit où la meilleure urgence est celle qui n’arrive pas.

Photo de Arnaud Gerard

Auteur : Arnaud Gérard

Ancien responsable régional du Grand-Ouest chez Europ Assistance, il a créé Assur-Travel avec Philippe Munier en 2004.

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