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Le flou juridique des nomades : dans quel pays êtes-vous vraiment assuré quand vous travaillez dans un café ?
Publié le 31/01/2026 à 13h00
Ordinateur ouvert, cappuccino à la main, Wi-Fi gratuit : le décor est familier. De Lisbonne à Bangkok, en passant par Medellín ou Berlin, les travailleurs nomades ont redéfini le bureau. Mais derrière cette liberté affichée se cache une question beaucoup moins instagrammable : dans quel pays êtes-vous réellement assuré quand vous travaillez depuis un café ?
Accident, maladie, vol de matériel ou litige professionnel…la réponse est souvent plus floue qu’on ne l’imagine.
Nomade, mais juridiquement où exactement ?
Le travail à distance brouille les frontières classiques du droit du travail et de la protection sociale. En théorie, l’assurance dépend de trois éléments principaux :
- Votre pays de résidence officielle ;
- Votre statut professionnel (salarié, freelance, entrepreneur) ;
- Le pays dans lequel vous vous trouvez physiquement au moment de l’incident.
Et c’est précisément là que les choses se compliquent.
Un développeur français travaillant pour une entreprise canadienne depuis un café à Barcelone ne relève pas automatiquement du système espagnol, ni nécessairement du français. Dans bien des cas, il ne relève… de rien du tout.
Assurance maladie : la grande illusion de la couverture universelle
Beaucoup de nomades pensent être protégés grâce à leur sécurité sociale d’origine. Or, la majorité des systèmes nationaux ne couvrent que les séjours temporaires, souvent limités à quelques mois, et uniquement pour des soins urgents.
- La Carte Européenne d’Assurance Maladie ne fonctionne que dans l’UE et uniquement pour des séjours non professionnels de longue durée ;
- Hors Europe, la couverture est souvent inexistante ;
- Travailler depuis un pays étranger peut suffire à faire sauter certaines protections.
Résultat : une hospitalisation en Asie ou en Amérique latine peut coûter plusieurs milliers d’euros, sans aucun remboursement.
Accident du travail : un concept très sédentaire
Glisser sur un sol mouillé dans un café à Mexico pendant un appel client : accident du travail ou simple maladresse personnelle ?
Dans de nombreux pays, l’accident du travail n’est reconnu que s’il a lieu dans un espace professionnel déclaré. Un coworking peut parfois entrer dans cette catégorie. Un café, presque jamais.
Pour les freelances, la situation est encore plus précaire : sauf assurance privée spécifique, aucune protection automatique n’existe, quel que soit le pays.
Responsabilité civile : le risque invisible
Un café bondé, un câble d’ordinateur mal placé, un client qui trébuche. Qui est responsable ?
La responsabilité civile dépend :
- du droit local ;
- du lieu exact de l’incident ;
- de la couverture de votre assurance personnelle ou professionnelle.
Beaucoup d’assurances classiques excluent explicitement le travail à l’étranger ou les activités professionnelles exercées dans des lieux publics. Là encore, le nomade découvre souvent la faille…trop tard.
Vol et perte de matériel : bienvenue dans la zone grise
Ordinateur volé, disque dur disparu, données compromises : le scénario est tristement courant.
Problème :
- Les assurances habitation ne couvrent généralement pas les biens hors domicile ;
- Les assurances voyage couvrent rarement le matériel professionnel ;
- Les assureurs exigent parfois une preuve de résidence stable…que le nomade n’a pas.
Conséquence directe : le cœur de l’activité professionnelle du nomade n’est souvent assuré nulle part.
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Travailler dans un café : toléré, mais pas reconnu
Dans la majorité des pays, travailler depuis un café est légalement toléré, mais juridiquement non encadré. Ce n’est ni un lieu de travail officiel, ni un domicile, ni un espace professionnel reconnu.
Cela signifie que :
- Vous dépendez du droit local en cas de litige ;
- Vous n’avez souvent aucun recours spécifique ;
- Votre statut peut être requalifié (travail dissimulé, exercice illégal, visa inadapté).
Oui, même si tout le monde le fait.
Alors, où êtes-vous vraiment assuré ?
La réponse honnête : souvent nulle part de manière complète.
La protection du nomade repose aujourd’hui sur un empilement fragile :
- un reste de sécurité sociale nationale ;
- une assurance voyage plus ou moins adaptée ;
- parfois une assurance privée internationale ;
- et beaucoup d’angles morts.
Ce système fonctionne… jusqu’au jour où il ne fonctionne plus.
Vers une nouvelle génération d’assurances nomades ?
Face à cette réalité, de nouvelles offres émergent : assurances santé internationales, couvertures “digital nomad”, statuts hybrides proposés par certains pays.
Mais ces solutions restent :
- coûteuses ;
- complexes ;
- inégalement reconnues juridiquement.
Le droit du travail, lui, avance lentement, pendant que les cafés se remplissent de freelances connectés.
Travailler librement, mais à quel prix ?
Le nomadisme digital incarne une promesse de liberté. Mais juridiquement, il repose encore sur une improvisation permanente.
Travailler depuis un café à l’autre bout du monde, c’est souvent accepter :
- une protection partielle
- une responsabilité accrue
- et un risque personnel mal mesuré
La vraie question n’est donc pas seulement où vous travaillez, mais qui vous protège vraiment quand quelque chose tourne mal.
Et pour l’instant, la réponse reste aussi floue que la mousse de votre latte.
Auteur : Arnaud Gérard
Ancien responsable régional du Grand-Ouest chez Europ Assistance, il a créé Assur-Travel avec Philippe Munier en 2004.
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