Vols triangulaires : l’arme secrète des compagnies pour voler plus et dépenser moins

Vols triangulaires : l’arme secrète des compagnies pour voler plus et dépenser moins

Publié le 26/12/2025 à 06h45

Face à la pression économique et à la concurrence internationale, les compagnies aériennes doivent sans cesse optimiser leurs coûts d’exploitation tout en maintenant un large réseau de destinations. Parmi les stratégies adoptées figure le vol “triangulaire”, une configuration intelligente qui permet de relier trois villes en un seul itinéraire, plutôt qu’un simple aller-retour classique.

Ce type de vol, souvent utilisé sur des liaisons à faible trafic ou dans des zones géographiquement dispersées, permet aux transporteurs de rentabiliser chaque rotation d’avion et d’améliorer le taux de remplissage tout en desservant plusieurs marchés à la fois. Derrière cette logique se cachent des choix opérationnels et économiques précis, pensés pour maximiser l’efficacité sans multiplier les coûts.

Principe du vol triangulaire

Un vol triangulaire relie trois aéroports sur un même trajet au lieu d’un simple aller-retour entre deux villes.
Exemple typique :
Paris → Dakar → Abidjan → Paris

Au lieu d’opérer deux vols séparés (Paris–Dakar et Paris–Abidjan), la compagnie combine les deux routes sur un seul itinéraire, formant ainsi un triangle.

Objectif : réduire les coûts d’exploitation

Ce type de configuration permet de partager les coûts fixes sur plusieurs marchés :

  • Moins de créneaux aéroportuaires à payer ;
  • Réduction des coûts de rotation : un seul décollage depuis la base principale pour deux destinations ;
  • Meilleure utilisation de l’appareil : moins de temps passé au sol, plus d’heures de vol productives ;
  • Économie sur l’équipage : un même équipage dessert deux villes sans devoir repositionner un second avion.

C’est particulièrement utile pour les destinations :

  • à faible trafic individuel, mais rentables combinées ;
  • ou éloignées, où le remplissage de chaque vol seul serait insuffisant.

Logique opérationnelle

  • L’avion dépose et embarque des passagers à la première escale avant de continuer vers la seconde.
  • Les passagers peuvent parfois rester à bord lors de la courte escale intermédiaire.
  • Sur le plan commercial, le vol peut être vendu comme plusieurs segments :
    • Paris–Dakar
    • Paris–Abidjan
    • Dakar–Abidjan

Cela permet de maximiser le taux de remplissage et d’optimiser la rentabilité du vol.

Inconvénients et contraintes

Malgré leurs avantages économiques, les vols triangulaires présentent plusieurs limites opérationnelles et commerciales que les compagnies doivent soigneusement évaluer avant de les mettre en place.

Durée de vol allongée pour les passagers de la dernière destination
Pour les voyageurs dont la ville est desservie en dernier, le trajet peut être sensiblement plus long qu’un vol direct.

Complexité opérationnelle accrue
Un vol triangulaire demande une coordination logistique rigoureuse. Les équipes au sol doivent gérer deux escales successives. La moindre perturbation (retard, météo, saturation d’aéroport) peut avoir un effet domino sur l’ensemble du trajet et les horaires suivants.

Contraintes réglementaires et droits de trafic
Toutes les compagnies ne peuvent pas vendre des billets entre les deux escales situées hors de leur pays d’origine. Cela dépend des accords bilatéraux de transport aérien entre les états concernés. Sans ces droits dits de “cinquième liberté”, un transporteur européen, par exemple, ne peut pas proposer de vols commerciaux entre deux pays africains, même s’il dessert déjà ces deux villes dans un triangle. Cela limite donc le potentiel commercial du trajet.

• Impact environnemental légèrement supérieur
Si le tracé du triangle n’est pas parfaitement optimisé, le parcours total peut être plus long qu’un enchaînement de vols directs. Cela se traduit par une consommation de carburant supplémentaire et donc des émissions de CO₂ plus élevées. Les compagnies doivent donc trouver un équilibre entre la rentabilité économique du modèle et son empreinte écologique, de plus en plus scrutée par les régulateurs et les passagers.

Photo de Arnaud Gerard

Auteur : Arnaud Gérard

Ancien responsable régional du Grand-Ouest chez Europ Assistance, il a créé Assur-Travel avec Philippe Munier en 2004.

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